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Un lycée technique de la région parisienne, à Romainville, s’est lancé en 2005 grâce au Conseil Régional d’Ile de France. Aujourd’hui ils en sont à près de 70% d’approvisionnement en bio…sans dépasser le budget qui leur est alloué. Comment font-ils ? Voici l’interview réalisé par repasbio.
René Pierre et Rose Marie : Nous avons commencé doucement, par des yaourts et du pain, du quinoa et du poulet car nous pensions que sur ces produits il y avait une forte différence avec les produits classiques. Nous avions également du jus de pommes que nous livrait un producteur de Seine et Marne.
Nous avons pris nos repères et la deuxième année nous sommes passés à la vitesse supérieure en introduisant des variétés de céréales (du boulgour, de l’orge concassé), des fruits et des légumes, ainsi que du fromage de chèvre et des plats bio avec de la viande.
Aujourd’hui tous nos fruits et légumes sont bio, ainsi que l’huile, les épices, le sucre, la farine, les pâtes, une bonne partie des yaourts et des fromages et une partie du pain qui provient de la filière locale d’Ile de France. Nous proposons un plat principal bio une ou deux fois par semaine, on passe trente kilos de viande par semaine. Et les végétariens peuvent trouver sur le self des galettes végétales bio.
Repas Bio : Et vous n’avez pas dépassé votre budget ? Comment faites-vous ?
Rose Marie : Nous sommes encore un établissement qui travaille au forfait ; les familles payent au trimestre mais moins cher que si elles payaient au ticket, repas par repas. L’élève paye en moyenne entre 2,40 et 2,60 € son repas. Cette somme fixe nous permet de connaître à l’avance les sommes que nous pouvons consacrer à l’alimentation et nous pouvons jouer sur les variations d’effectif. Mon budget par repas est donc beaucoup plus conséquent que ce qu’il n’est à la base.
Et puis je travaille aussi mon budget en fonction des denrées : souvent plutôt que de proposer du poisson surgelé à 8 € le kilo, je préfère proposer du bourguignon bio à 6,80 € le kilo. Et puis on travaille beaucoup de produits bruts…
René Pierre :… c’est beaucoup plus intéressant et puis c’est un vrai travail de cuisinier : ouvrir des boîtes et des sachets, tout le monde peut faire çà, il n’y a pas besoin d’être cuisinier pour le faire ou d’être formé pour çà. Notre cuisine doit avoir un sens : on travaille du vivant, de l’affectif, on n’empile pas des parpaings. Tant qu’on n’intègrera pas ces considérations on ne pourra pas motiver les collègues, susciter des vocations. C’est plus valorisant de choisir ses produits, d’avoir une maîtrise sur la transformation du produit. Si on fait des produits précuits, pré coupés…votre savoir-faire ne sert plus à rien : vous n’êtes plus réellement un cuisinier et on peut vous remplacer par n’importe qui du jour au lendemain.
Repas Bio : Le bio vous a apporté un plus sur ce plan là ?
René Pierre : On a retrouvé des goûts et des odeurs que nous n’avions plus en cuisine, ça donne tout son sens à notre métier et on pourrait dire que ça améliore les conditions de travail !
Rose Marie : Sur la gestion on s’y retrouve aussi : on fait notre purée nous-mêmes et on n’a pas besoin de rajouter des tonnes de crème fraîche ou de beurre pour qu’elle ait du goût. C’est pareil pour les sauces et les ajouts, tous les exhausteurs de goût…on a arrêté tout çà et c’était extrêmement cher. Sur les produits bio on gagne en rendement : sur la viande, mais aussi sur les pâtes, le riz, les légumes.
On s’est remis à faire des légumes secs : pois chiches, haricots rouges, haricots secs, pois cassés, lentilles corail…
Pour les fritures nous avons un nouvel appareil qui nous permet de mettre 7 litres d’huile au lieu de 70 litres, du coup nous faisons tout à l’huile bio.
René Pierre : le matériel aussi est important ; notre nouveau matériel nous permet d’économiser du temps, de l’énergie et de faire des économies à l’achat.
Repas Bio : Vous avez des projets pour la rentrée prochaine ?
Rose Marie : On va passer tous les fromages en bio, en ne proposant plus qu’un laitage – un yaourt ou un fromage – au choix.
René Pierre : Essayer d’être de plus en plus cohérent, changer d’habitudes de travail, notamment sur les emballages. Il est plus logique de faire du bio en polluant moins : avoir des emballages en vrac, privilégier les produits qui ne viennent pas de l’autre bout de la planète.
Repas Bio : Si vous aviez un conseil à donner à ceux qui veulent se lancer dans le bio ?
René Pierre : Pour commencer : substituer des produits conventionnels par des produits bio ; ne pas faire de choses compliquées, exotiques, mais des choses simples. Eviter le gâchis. Travailler des produits bruts. Au final on gagne plus en rendement et en qualité gustative.
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