Par des explications expéditives et sommaires, Serge Grouard a levé comme par enchantement toutes les oppositions à l’implantation de l’Arena à l’Île Arrault, balayant au passage d’un revers de main toute alternative possible.
Les autres emplacements envisagés présentent, sans exception, une impossibilité définitive, insoluble. À l’île Arrault en revanche, rien ne saurait mettre un frein à l’enthousiasme de la majorité municipale : quelques schémas et quelques estimations grossières, et le tour est joué pour résoudre le problème de l’accès et de l’accueil de plusieurs milliers de véhicules. Les problèmes des risques d’inondation et de la qualité du sous-sol sont évacués sans le moindre état d’âme : des solutions techniques seront trouvées.
Natura 2000 et la trame Verte et bleue sont passées sous silence, alors qu’en début de ce mois la France était condamnée par la cour européenne de justice pour la 3e fois en dix ans, pour n’avoir pas transposé correctement la directive « Habitats ». Les griefs faits à la France : des manquements récurrents à la réalisation effective et indépendante d’une évaluation d’incidences (digne de ce nom), ainsi que l’absence le plus souvent d’une étude sérieuse de solution alternative. La France finira par devoir payer de lourdes amendes, et on voit comment Orléans y aura contribué… Il sera intéressant d’entendre sur le sujet Marie Cugny-Seguin, adjointe à la biodiversité, et son maire, par ailleurs rapporteur du Grenelle 2 de l’environnement. Il faut croire que pour ce genre de projet aussi, l’environnement, ça commence à bien faire…
Dans l’espoir de se forger une image de grand constructeur visionnaire et désintéressé, le maire annonce par ailleurs qu’il persistera sur ce dossier, quand bien même celui-ci ne pourrait être mené à bien avant les prochaines échéances électorales. Comme s’il y avait là grandeur d’âme politique ! Je serais même tenté de penser exactement le contraire : les travaux vont entraîner de grandes nuisances, mais celles-ci seront peu visibles pour l’ensemble des Orléanais, elles ne concerneront que la Loire et les habitants du quartier. Par contre, le constat des problèmes d’accès ingérables et des risques financiers dans la gestion de l’équipement ne se révéleront que dans les mois qui suivront l’inauguration. Serge Grouard cherche plutôt à sauver la campagne électorale de la droite à Orléans : il pourra continuer à pérorer sur sa fierté de mettre enfin en chantier une grande réalisation, mais il laissera à son successeur un cadeau empoisonné. L’absence d’Olivier Carré dans ce dossier, successeur désigné pour 2014 à mon avis, est d’ailleurs le signe d’un « après moi le déluge » assumé par le maire.
Une centaine d’événements de grande envergure sur l’année, 2 à 3 par semaine (!), pour rentabiliser l’équipement, c’est sur ce site totalement ingérable en pratique et économiquement extrêmement risqué que le maire veut implanter SON grand projet. Avec un investissement moins lourd sur un site plus adapté, le projet pourrait se concevoir. L’Agglo de Montpellier annonce la réalisation de 14000 places pour un budget de 53 millions d’euros. En choisissant le site de l’Île Arrault, Orléans aura 10000 places pour… 85 à 95 millions, auxquels il faut ajouter une passerelle pour environ 10 millions, l’aménagement d’un autre site pour des activités équestres, et les inévitables dépassements liés aux aléas de chantier.
Pour boucler un tel budget, la ville sera contrainte à un partenariat public-privé, qui confiera la gestion du lieu à un groupe privé pour de très nombreuses années. Un partenariat qui amènera la ville à garantir le risque financier, s’il s’avère, comme cela est malheureusement possible, difficile d’organiser effectivement une centaine d’événements importants sur l’année tout en conservant la programmation du zénith pour ne pas le pénaliser.
L’attractivité d’une ville se fait en réalité sur la qualité de vie, sur les services aux habitants, sur l’offre sociale et culturelle de proximité.
Le projet de Serge Grouard est au final plus prétentieux qu’ambitieux. Il se concentre, comme l’essentiel de ce que la majorité met en place, sur l’événementiel au détriment de très nombreux projets moins clinquants, mais mieux adaptés, mieux répartis sur le territoire de la commune. Le site de l’Île Arrault est malheureusement devenu une marotte, un caprice dans lequel s’est engouffré Serge Grouard comme dans une impasse. Une fuite en avant. Et il est à craindre que la suffisance et la condescendance dont il fait si souvent preuve ne l’empêchent de savoir faire marche arrière à temps.
Je souhaite comme tous le développement de l’attractivité d’Orléans. Mais monsieur le maire, ne me dites pas qu’elle passe nécessairement par un projet grandiloquent et mal situé.

Cher Jean-Philippe Grand,
L’implantation de ce genre Arena à l’Ile Arrault pose évidemment de multiples problèmes… Mais il me semble que la question première serait de savoir si un « très grand équipement sportif » de ce genre est souhaitable dans l’agglomération d’Orléans. La question du lieu confronte à de nombreux choix, en termes d’aménagements, de réseaux, d’urbanisme… mais elle n’est, en toute logique, que seconde.
L’affaire agite évidemment les milieux orléanais, mais il est évident que la programmation et l’exploitation de ce type d’équipement aura un impact (financier, écologique, urbanistique…) sur l’ensemble de l’AgglO. C’est pourquoi le Groupe d’action Municipale d’Olivet (Gamo) a choisi de mettre la question à l’ordre du jour de son AG, mercredi 28 avril à 20 heures 30 à Yvremont) et a demandé à Michel Caillat d’animer une conférence-débat en première partie de réunion sur le thème « A l’Ile Arrault ou ailleurs, nous faut-il vraiment une Arena? ».
Parce que cette question-là se pose, non?
J-C Haglund conseiller municipal « Pour Olivet, citoyenne, écologique et solidaire »
Je suis bien d’accord et c’est la raison pour laquelle je plaide pour un grand équipement sportif et non une ARENA telle que la veut Serge Grouard. On peut mettre 30 millions dans un équipement qui sera financé pour moitié par d’autres collectivités régionales ou départementale. On ne peut mettre 100 millions dans un projet qui siphonnera le zénith pour pouvoir péniblement atteindre l’équilibre nécessaire pour les partenaires privés.