j’ai été choqué par le manque de considération pour les 10 surveillants qui se sont suicidés depuis le début d’année dans nos prisons françaises. je suis allé il y a quelques jours rencontrer les représentants syndicaux et j’ai donc passé un peu de temps avec eux afin de comprendre le mal être de cette profession.
Ayant une connaissance vague de la prison orléanaise et de son fonctionnement, j’ai commencé par poser des questions d’ordre organisationnel. Ainsi, la maison d’arrêt d’Orléans n’accueille que des prévenus (personnes en attente de jugement) et des condamnés à de courtes peines ( 4 mois en moyenne). Ils sont 257 à ce jour pour 97 places. Celà veut dire que 3 à 4 personnes se partagent une cellule individuelle ! Il n’y a pas de quartier mineur alors même que l’administration pénitentiaire l’impose. Une cellule leur est tout de même réservée.
La revendication principale des surveillants est de mettre les personnes dans des structures adaptées. Il faut savoir qu’une journée en prison coûte moins cher qu’une journée en institution psychiatrique au budget de l’état mais certainement pas à la collectivité. Ils réclament donc que les alcooliques aillent en institutions spécialisées, ceux qui relèvent de la psychiatrie en hôpitaux et certains délinquants chez eux avec un bracelet électronique.
Je leur ai également demandé quel était le taux de récidive afin de mesurer le côté dissuasif de la prison. Ils l’évalue à 60% environ mais soulignent qu’aucun travail de réinsertion sérieux ne peut être réalisé étant donné que les détenus sont des courtes peines et que les moyens humains et financiers sont faibles.
Ils dénoncent également des conditions de travail difficiles avec 1 surveillant pour 100 détenus. Le service est difficile également car ils peuvent travailler de 6h30 à 13h, avoir 6h de repos puis revenir de 19h à 6h30 soit 18h de présence sur 24h. Rachida Dati a également demandé que les rondes de nuit soient toutes les 2h au lieu de 4h auparavant et toutes les 30 minutes pour les personnes suicidaires.
J’ai appris aujourd’hui que la prison d’Orléans faisait partie de celles qui refusaient l’accord national passé. J’ai le sentiment que quelques embauches supplémentaires arrachées au bout de la nuit ne redonneront pas le moral à une profession durement touchée et qui se sent dévalorisée. D’ailleurs, un des surveillants me disait: » Sarkozy nous a dit que le bleu allait revenir à la mode, on en fait parti, il doit s’occuper de nous ! » , tout est dit.

Bien apprécié l’article de Jean-Philippe. Je suis sensible au problème des prisons. Fin 1980, j’ai donné des cours à la prison d’Orléans, 2 heures par semaine qui faisaient partie de mon service d’enseignante au lycée Voltaire. J’ai donc vu la prison de l’intérieur, au quartier des femmes. Les conditions n’étaient pas celles d’aujourd’hui, mais déjà ce n’était pas triste !