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Les Groues, et si on participait ?

Jean-Philippe Grand | 6 juin 2008

J’ai tiré d’un article du magazine ” La Revue Durable ” une synthèse de ce que devrait être le préalable à toute rénovation d’un quartier pour en faire un écoquartier: la participation des citoyens. En voici le résumé :

Il est préférable de consulter les citoyens sur les décisions qui ont un impact sur leur cadre et leurs conditions de vie. Selon Catherine Charlot-Valdieu, présidente de l’association Suden (réseau européen pour le développement urbain durable) :

” Les habitants d’Augustenborg, à Copenhague, s’occupent de leur quartier car ce sont eux qui ont voulu les équipements qui s’y trouvent. Un processus participatif a créé une très forte identification au lieu et a permis à plusieurs habitants de trouver un emploi stable “, explique t’elle. Et ce qui vaut en général est plus vrai encore dans ce quartier populaire. “Pour éviter les dégâts perpétrés dans ces quartiers, le sentiment d’appartenance est particulièrement important. Les personnes prennent soin des espaces communs parce qu’ils se sentent partie intégrante du lieu qu’ils habitent “. Un certain nombre de mesures ont été mises en place lors de la rénovation de ce quartier : l’aménagement d’espaces verts et de cheminements piétons de qualité; l’installation d’un tram qui relie le quartier au centre-ville; la limitation de la circulation à 30 km/h; une gestion des eaux pluviales faisant la part belle à l’ingéniosité des habitants; l’instauration du tri sélectif et une gestion des déchets impliquant les habitants “. Ces mesures ont embelli et enrichi le quotidien des locataires des 1600 logements de ce quartier, qui ont largement pu donner leur avis et retrousser leurs manches : la ville a profité de l’opération pour créer des opportunités d’emploi pour lutter contre le chômage qui sévit à Augustenborg. De nombreux habitants ont travaillé sur les chantiers de rénovation. Aujourd’hui, le quartier en emploie une vingtaine pour le jardinage, la gestion des déchets, l’entretien des infrastructures liées à l’eau et les services aux personnes âgées et aux enfants “.

Les habitants du quartier Vauban, à Fribourg en Allemagne, ont ainsi fait preuve d’innovation et de pugnacité. De nombreux futurs habitants ne voulaient pas de voiture et donc de parkings. La municipalité refusait de réduire le nombre d’emplacements de parkings car elle craignait un effritement de l’élan anti-voiture du début. Après de longs et âpres débats, il a été décidé qu’une association gérerait le problème de la manière suivante: ceux qui veulent une place de parking l’achète dans un des silos de stationnement situés à l’entrée du quartier. Les autres versent 3700 euros à l’association qui a acheté un terrain correspondant aux places de parkings mais qui est pour l’instant un parc paysager en bordure du quartier en copropriété. Si un propriétaire change d’avis, l’association y fera aménager une place de parking. Un autre exemple intéressant : pour lancer le chantier, il était prévu, selon l’approche usuelle, de commencer par raser le terrain de toute végétation, y compris supprimer les vieux arbres. Le forum, qui regroupe les futurs habitants et ceux qui habitaient déjà le quartier, s’y sont opposés et ont obtenus que le patrimoine végétal soit conservé au maximum.

Vauban a pour particularité d’avoir émergé de la base, d’être un écoquartier “Bottom-up” (du bas vers le haut), fruit de l’action de groupes de citoyens qui partagent des convictions très fortes et des valeurs très claires sur l’écologie et la durabilité. Sur ce solide socle commun, ces groupes ont su convaincre les autorités locales de leur réserver un terrain d’expérimentation. A l’inverse, lorsqu’une collectivité publique décide, selon une démarche “Top-Down” (de haut en bas), de faire un écoquartier et qu’elle choisit de demander aux habitants non engagés sur l’écologie, qui ignorent souvent à peu près tout de son importance, leur avis avec l’intention sincère d’en tenir compte, elle s’expose à devoir faire face à des opinions très hétérogènes, à des valeurs contradictoires et à l’expression de revendications et de buts opposés.

Lausanne en Suisse a créé un processus participatif appelé Métamorphose pour éviter cet écueil. Aux trois chantiers d’infrastructures : construction d’un écoquartier; amélioration du réseau de transports en commun ; développement d’installations sportives ; Métamorphose accole un chantier transversal : la participation. A ce stade, les élus ont défini une charte de la participation, qui fixe les valeurs de base et les grandes lignes de la méthode du projet. Les valeurs tournent autour de la densité, de l’écologie, de la mixité sociale et celle des activités. En outre, une liste de treize principes, qui rappellent beaucoup les dix principes One Planet Living www.oneplanetliving.org/ , donne l’orientation générale à l’intérieur de laquelle des discussions plus fines se dérouleront pour ce qui concerne plus spécifiquement l’écoquartier. De plus, tous les points devront pouvoir s’exprimer, toutes les idées pourront émerger sans créer de cacophonie, d’immobilisme ni de faux espoirs. ” Il n’est pas possible de tout discuter : sur une ligne de transports publics, par exemple, certaines contraintes techniques ne sont pas discutables. En revanche sur le projet d’écoquartier, la discussion sera la plus ouverte possible “, rassure le responsable de Métamorphose.

Le cadre établi, reste à savoir qui participe. “Dans un premier temps, tout le monde devrait pouvoir s’exprimer sur un projet qui concerne toute la ville. Mais ensuite, lorsque le dossier avancera, il faut que ce soit les gens véritablement concernés qui aient voix au chapitre. C’est d’abord à ceux qui subiront directement les conséquences des décisions qui seront prises de donner leur avis. Ce n’est par exemple pas à une personne qui ne vivra pas dans le quartier de dire comment il faut gérer la circulation “, conclut-il.

En conclusion, comme on peut le voir, les écueils sont nombreux pour arriver à une véritable démocratie participative, mais les élus ne doivent pas craindre de perdre le pouvoir. Ils restent maître d’oeuvre des projets et décisionnaires des principales orientations. Comme le disait un vieux sage, cinquante têtes réfléchissent mieux qu’une seule !

pour aller plus loin: Développement durable et renouvellement urbain de Catherine Charlot-Valdieu; L’urbanisme durable est en gestation en Europe de Cyria Emelianoff; www.lausanne.ch/metaporphose; suden.org.

je veux créer un groupe de réflexion pour l’aménagement du terrain des Groues. Si vous voulez le rejoindre, postez-moi un commentaire avec vos coordonnées et je vous contacterai rapidement.

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démocratie participative, Groues
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